L’art de se détendre à Méribel
L'été, la montagne se vit aussi au ralenti.
Vous pensiez être seul sur ce sentier ? Que nenni.
Un sifflement suspect derrière un rocher ou l’ombre qui plane un peu trop longtemps au-dessus de votre tête, la vallée grouille de petits (et grands) curieux qui vous observent bien avant que vous ne les repériez. Certaines rencontres sont presque données d’avance, en cadeau de bienvenue, d’autres se méritent et demandent un peu de patience et de discrétion.
Et puis il y a les fantômes de la vallée, ceux qu’on n’aperçoit que très rarement dans sa vie si la chance est au rendez-vous. Pour vous guider, Thibaut, notre animateur nature passionné d’ornithologie, glisse quelques précieux conseils tout au long de l’article. On vous emmène palier par palier à la rencontre de nos stars locales, des plus faciles à débusquer aux plus insaisissables.
Impossible de la rater avec son sifflement aigu, elle est là, postée en sentinelle sur son rocher, prévenant toute la colonie qu’un intrus approche. Emblème vivant de la Savoie, la marmotte se laisse observer assez facilement, souvent en train de se dorer au soleil ou bien se goinfrer de fleurs, avant de plonger dans son terrier.
Le matin et la fin de journée sont ses moments de prédilection, quand la chaleur reste supportable pour sortir sans trop se fatiguer. Autour du lac de Tuéda et sur le plateau de la Plagne, les colonies sont particulièrement actives, il suffit souvent de s’arrêter quelques minutes en silence pour en voir plusieurs pointer le bout du nez.

Il faut grimper un peu pour le trouver, mais une fois là-haut, il suffit de savoir où poser le regard et il fera peut-être son apparition ! Direction le glacier de Gébroulaz ou les abords du refuge du Saut, où chamois et bouquetins arpentent les mêmes versants.
Armez vos jumelles vers les zones rocheuses, les crêtes et champs de blocs, il sera reconnaissable à ses cornes massives recourbées vers l’arrière, évoluant avec aisance sur des pentes vertigineuses. Une fois repéré, il se montre étonnamment tolérant, à condition de garder ses distances et de rester discret.
Rarement visible en pleine journée, le renard se montre plus volontiers à la tombée de la nuit, quand la vallée se calme et la chasse commence. Contrairement à sa réputation d’animal farouche, celui de Méribel n’est pas du genre à détaler au moindre bruit, mais encore faut-il être au bon endroit au bon moment, ce qui reste avant tout une affaire de patience et de chance.
Pour espérer le voir chasser, mieux vaut pousser jusqu’en pleine nuit, quand le silence total de la forêt se fait ressentir. L’oreille aux aguets, les chances de le surprendre en pleine action grimpent sérieusement.
Reconnaissable à la teinte dorée de ses plumes une fois adulte, celui qu’on surnommait déjà symbole des dieux et des empires dans l’Antiquité reste bien présent au-dessus de Méribel, une vingtaine de couples continuant de régner sur le ciel de la Vanoise. Contrairement au gypaète, l’aigle royal ne se fait pas prier : les jours de beau temps, il n’est pas si rare d’en voir planer en altitude, profitant tranquillement des courants ascendants pour économiser son énergie.
De décembre à mars, la période de séduction offre même un spectacle rare. Les couples enchaînent des vols synchronisés, montant et piquant ensemble dans une chorégraphie difficile à surprendre, mais qui vaut chaque minute d’attente passée le nez en l’air.
Le tétras-lyre, aussi appelé petit coq des bruyères, doit sa beauté à son plumage noir bleuté et sa queue recourbée en forme de lyre. Ils affectionnent la lisière supérieure de la forêt, entre 1 400 et 2 300 m, cette zone de transition où pelouses alpines et boisements clairs se répondent. On le retrouve un peu partout en altitude dans la vallée, du secteur de l’Altiport à celui de Raffort, encore faut-il avoir l’œil pour le repérer.
Le reste de l’année, il reste farouche et difficile à approcher, mais au printemps les mâles se rassemblent sur leurs « places de chant » pour une parade spectaculaire, déployant leur queue au rythme d’un chant retentissant.
Contrairement au bouquetin, le chamois a de courtes cornes recourbées en crochets et un pelage qui fonce avec l’hiver. Présent un peu partout dans la vallée, il reste malgré tout discret. Il navigue entre forêts et haute-montagne selon la saison, ses besoins et son humeur du moment.
Ici, mieux vaut sortir tôt le matin, moment où il se montre le plus actif avant que la chaleur ne le pousse à se mettre à l’ombre. La meilleure période reste octobre-novembre, période de rut, quand les mâles se livrent à des « joutes » spectaculaires pour impressionner les femelles.
Pour tenter votre chance, direction Pralognan-la-Vanoise, où des sorties encadrées emmènent régulièrement les visiteurs vers le Col d’Aiguille ou le lac de l’Observatoire, sur les traces de ces troupeaux.
Avec ses 2,80 m d’envergure, sa queue en forme de losange et sa fameuse barbichette, le gypaète barbu ne passe pas inaperçu quand il daigne se montrer. Longtemps persécuté et frôlant l’extinction dans les Alpes, il doit sa présence actuelle à un programme de réintroduction lancé dans les années 1980, la population restant encore fragile aujourd’hui.
L’apercevoir à Méribel reste donc, comme le confirme Thibaut, une vraie question de hasard. Il niche dans les falaises et peut posséder jusqu’à huit aires différentes sur un territoire de plusieurs centaines de kilomètres carrés, changeant de nid d’une année à l’autre. Autant dire qu’une rencontre avec ce majestueux volatile est un souvenir à garder précieusement, ce n’est pas tous les jours.
D’un blanc immaculé l’hiver, brun tacheté l’été, le lagopède change littéralement de garde-robe selon la saison pour se fondre dans son environnement. Résultat, peu importe la saison, il passe totalement inaperçu même juste sous votre nez. Sa présence est bien réelle à Méribel, mais il faut grimper en altitude pour espérer le croiser, on le trouve aux alentours de 2 500 m jusqu’à 3 000 m.
Une fois là-haut, il faudra tout de même l’œil entraîné ou beaucoup de chance pour le repérer.
« L’avantage de la Réserve de Tuéda, c’est qu’on est déjà bien en hauteur. On peut plus facilement apercevoir des aigles royaux, et en montant un peu plus, des lagopèdes et d’autres espèces propres à la haute montagne. »
— Thibaut Robert
Vous pourriez passer des années à randonner en Vanoise sans l’apercevoir. Minuscule, rapide, et capable de changer de couleur avec les saisons, blanche l’hiver pour disparaître dans la neige, brune l’été pour se fondre dans les pierriers : c’est un véritable caméléon montagnard.
Elle niche dans les éboulis, chasse la nuit en hiver et le jour en été, et parcourt jusqu’à 15 km en une seule nuit à la poursuite de campagnols, ce qui n’aide clairement pas à la surprendre au bon endroit.
Alors si votre séjour se termine sans l’avoir croisée, ne remettez surtout pas en cause vos talents d’observateur, c’est juste que l’hermine est un véritable fantôme, bien plus douée que nous à ce petit jeu.
Il paraîtrait qu’un animal encore plus insaisissable que l’hermine rôderait dans nos montagnes. Mi-chamois, mi-bouquetin, avec des pattes plus courtes d’un côté que de l’autre, taillées pour arpenter les pentes sans jamais tomber, à condition de ne jamais faire demi-tour.
Personne ne l’a jamais vraiment vu, mais tout le monde connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un qui jure l’avoir croisé…